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Blogue : La réponse déshumanisante des technos à l’enquête du New York Times sur un site d’incitation au suicide montre le vrai visage de l’industrie


Un texte de , directrice générale du Centre canadien de protection de l’enfance

En cette fin d’année 2021, les législateurs américains ont une fois de plus des questions à poser aux technos concernant une nouvelle forme de préjudice qui sévit sur le Web.

Dans ce cas-ci, l’utilisation du mot « préjudice » – euphémisme fourre-tout qu’on utilise désormais pour désigner la multitude de choses horribles qui arrivent aux internautes – minimise considérablement la portée de ce dont il est question ici. Cette fois, on parle de pertes de vies prétendument liées à un site d’incitation au suicide avec instructions détaillées.

Le 9 décembre 2021, une enquête du an investigation by the New York Times identifié 45 personnes de plusieurs pays dont le Canada qui se sont enlevé la vie après avoir consulté ce site. En réaction, la Commission de l’énergie et du commerce de la Chambre des représentants des États-Unis a demandé des explications aux fournisseurs de services électroniques (FSÉ) dont les services auraient pu contribuer à l’existence du site en question.

L’enquête du New York Times rapporte toutes sortes de détails scandaleux, dont le fait que près de la moitié du trafic entrant sur ce site était généré par les moteurs de recherche. Voici la réponse que les géants de la technologie ont donnée aux journalistes :

Google s’est refusé à tout commentaire.

Microsoft a déclaré au New York Times avoir « agi conformément à [ses] politiques » et « revu le classement associé à ce site Web dans [ses] résultats ».

Cloudflare n’a jamais répondu à l’enquête. Rappelons que ce service gère plus de 10 % du trafic sur Internet et que de nombreux sites Web (y compris celui dont il est question ici) l’utilisent pour dissimuler certains détails les concernant.

Quoi de plus honteux et déshumanisant pour les familles des victimes!

Voilà comment se comportent ces entités qui exigent de participer à l’établissement des normes de sécurité en ligne et à qui, hélas, on ne dit jamais non. On se retrouve d’un côté avec des dirigeants d’entreprise qui ont l’obligation fiduciaire d’agir au mieux des intérêts de leurs actionnaires, et de l’autre, avec des décideurs politiques investis du mandat de protéger les internautes contre les préjudices : deux objectifs qui, dans le cadre réglementaire actuel du Web, sont aux antipodes.

L’industrie du tabac pesait fort autrefois sur les décisions politiques de santé publique. On s’en scandaliserait aujourd’hui, mais il apparaît clairement que nous n’avons pas tiré de leçons de nos erreurs du passé.

La réponse de l’industrie dans cette affaire manque tout autant de discernement que l’énormité proférée par Adam Mosseri, patron de la plateforme Instagram de Facebook, en date du 8 décembre 2021, quand il a laissé entendre que l’établissement des normes de sécurité en ligne pourrait être pris en charge par un comité d’experts de l’industrie. Quel bel exemple de détournement cognitif!

Quand les technos montrent leur vrai visage, on devrait s’efforcer de les croire.

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Un mot sur le Centre canadien de protection de l’enfance : Le Centre canadien de protection de l’enfance (CCPE) est un organisme de bienfaisance national qui se consacre à la protection personnelle de tous les enfants. Il veut réduire l’exploitation et les abus sexuels d’enfants et offre à cette fin des programmes, des services et des ressources aux familles, au personnel éducatif, aux organismes de services à l’enfance et aux forces policières du Canada ainsi qu’à d’autres intervenants. Cyberaide.ca — la centrale canadienne de signalement des cas d’exploitation et d’abus sexuels d’enfants sur Internet — relève aussi du CCPE, de même que Projet Arachnid, une plateforme Web qui détecte les images d’abus pédosexuels connues sur le Web visible et le Web clandestin et qui envoie des demandes de suppression à l’industrie.

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