Octobre 2022
DANS CETTE ÉDITION : Une table ronde inédite donne un mégaphone aux survivant.e.s | L’affaire Amanda Todd enfin close | Les 20 ans de Cyberaide.ca | Les cas de sextorsion explosent
Les survivant.e.s et leurs familles vivent chaque jour avec les conséquences de la cyberviolence sexuelle envers les enfants et leurs voix doivent être entendues. Le 6 octobre, des survivant.e.s et leurs familles ont eu l’occasion de rappeler à trois ministres fédéraux que la réglementation des espaces numériques doit être une priorité.
L’histoire de la famille Todd – pour qui justice vient enfin d’être rendue – fait d’ailleurs écho à l’importance de réglementer Internet. Il y a neuf ans, nous avons rencontré les familles d’Amanda Todd, de Rehtaeh Parsons, de Jenna Bowers-Bryanton et de Kimberly Proctor : quatre jeunes filles qui, en proie à la cyberviolence sexuelle, se sont enlevé la vie. Le prédateur d’Amanda a été traduit en justice après plus de dix années d’enquêtes et de batailles juridiques. Mais la triste réalité, c’est que de nombreux autres enfants canadiens luttent en silence contre la cyberviolence sexuelle, qui ne cesse d’augmenter.
Au début de l’automne, nous avons célébré les 20 ans de notre programme Cyberaide.ca® – la centrale canadienne de signalement des cas d’exploitation sexuelle d’enfants sur Internet – et nous avons fait le point sur l’évolution de son rôle depuis 2002.

Nos récentes activités
Rencontre de survivant.e.s et de décideurs autour d’une table ronde inédite
Dans la foulée du 20e anniversaire de Cyberaide.ca, le CCPE a organisé une table ronde virtuelle qui a réuni avec trois ministres canadiens des survivant.e.s et des familles dont les vies ont été irrémédiablement chamboulées par la cyberviolence sexuelle. Les participants ont pu échanger des perspectives irremplaçables sur des changements plus que nécessaires.
Cette table ronde – à laquelle ont participé l’honorable Marco Mendicino, ministre de la Sécurité publique, l’honorable Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien, et l’honorable David Lametti, ministre de la Justice et procureur général du Canada – était une première occasion pour ces familles et ces victimes qui ont connu la cyberviolence sexuelle sous toutes ses formes de réclamer des changements d’une même voix.
Les représentants des survivant.e.s et des familles ont imploré le gouvernement du Canada de réglementer l’espace numérique de sorte que les enfants puissent y bénéficier des mêmes protections qui existent dans le monde réel. Ils demandent aussi au gouvernement de responsabiliser les entreprises de technologie par rapport aux produits et services qu’elles mettent entre les mains des enfants.
Une déclaration a été publiée à l’issue de l’événement; pour la lire, cliquez protegeonsnosenfants.ca.
Justice pour la famille Todd
L’un des bourreaux d’Amanda Todd, Aydin Coban, un ressortissant néerlandais, a été condamné à 13 ans de prison le 14 octobre. Le verdict de culpabilité rendu contre Coban ne fait pas qu’imputer à un homme la responsabilité d’avoir harcelé Amanda sans relâche de ses 12 à 15 ans; il marque aussi un pas décisif vers la reconnaissance du préjudice catastrophique que la cyberviolence peut causer à toute la jeunesse. Il est inacceptable que la tâche de protéger nos enfants sur Internet repose sur les épaules de leurs parents, mais tant que les gouvernements n’exigeront pas des entreprises de technologie qu’elles rendent leurs plateformes sûres pour les enfants, ces derniers continueront de subir de graves préjudices.
Lianna McDonald, directrice générale du CCPE, a écrit pour le Globe & Mail™ un texte important sur les préjudices que l’affaire Amanda Todd laisse présager pour tous les enfants sur Internet.
Cyberaide.ca : sur la ligne de front depuis 20 ans
Internet gagnait en popularité au début des années 2000, ouvrant toutes grandes les portes des foyers canadiens aux inconnus. Le CCPE avait pressenti il y a 20 ans qu’Internet présenterait des dangers pour les jeunes utilisateurs, mais nous n’aurions jamais pu imaginer combien notre rôle prendrait de l’importance dans les deux décennies qui suivraient. L’ampleur de la violence à laquelle les enfants sont aujourd’hui confrontés dans le Far West d’Internet était inimaginable quand Cyberaide.ca a vu le jour en 2002, mais notre détermination à soutenir les enfants dans cet espace non réglementé n’a jamais faibli.
Pour célébrer les 20 ans de Cyberaide.ca, le CCPE a rappelé les hauts faits de son histoire sur les médias sociaux, depuis ses débuts comme projet pilote au Manitoba jusqu’à sa situation actuelle de ressource mondialement reconnue.
La cyberviolence sexuelle atteint des sommets
Cyberaide.ca a enregistré une augmentation de 56 % des signalements de sextorsion de mars à août. Dans la majorité des cas où le sexe de la victime est connu, ce sont des garçons et de jeunes hommes qui se font piéger. Le CCPE a analysé les données de Cyberaide.ca, et il en ressort que la plupart des victimes sont ciblées sur les médias sociaux et qu’elles ne divulguent pas l’incident à une personne de confiance.
Stephen Sauer, directeur de Cyberaide.ca, s’est entretenu avec Kelly Geraldine Malone (Presse canadienne®) au sujet de la forte augmentation des cas de sextorsion observée au cours des six derniers mois.
De son côté, Statistique Canada a publié son rapport sur les crimes déclarés par la police en 2021, et on y apprend que les crimes sexuels contre les enfants au Canada ont augmenté de façon exponentielle pendant la pandémie de COVID-19.
Les données pour 2021 dressent un tableau particulièrement inquiétant. Par rapport à 2020 :
- Les cas de contacts sexuels ont augmenté de 1340, soit une hausse de 18 %.
- Les cas de possession de pornographie juvénile et d’accès à de la pornographie juvénile ont augmenté de 807, soit une hausse de 21 %.
- Les cas de leurre d’enfant au moyen d’un ordinateur ont augmenté de 96, soit une hausse de 5 %.
- Les cas de distribution non consensuelle d’images intimes ont augmenté de 194, soit une hausse de 9 %.
(Tous les services de police au pays, 2010–2021)





L’équipe de Cyberaide.ca est disponible en tout temps pour aider les jeunes en situation de cyberviolence et outiller les familles, le personnel scolaire et les membres du public pour entamer des conversations sur la sécurité en ligne. Notre équipe de soutien peut aussi aider les familles dans leurs démarches de signalement et les diriger vers des ressources complémentaires.
Pour en savoir plus, cliquez cyberaide.ca/fr/dangers-internet/.
Nouvelles
Des représentants d’ECPAT Suède, qui collabore avec nous au sein de la plateforme Projet Arachnid, sont venus à notre rencontre début septembre pour quelques jours de formation, de discussions sur la protection des enfants et de conversations enrichissantes. ECPAT Suède est une organisation de défense des droits de l’enfant qui lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants et qui est rattachée à ECPAT International. Nos amis danois gèrent la centrale de signalement d’ECPAT ainsi qu’un service dédié pour les enfants et les adolescents.

On en parle...
Quatre entreprises de médias sociaux et de technologie font l’objet d’une enquête du commissaire britannique à l’information, John Edwards, pour mise en danger d’enfants sur Internet. L’identité des entreprises en question n’a pas été dévoilée publiquement, mais deux d’entre elles sont bien connues du public. Selon le Telegraph, ce sera la première fois que des entreprises de technologie seront appelées à rendre des comptes pour avoir causé préjudice à des enfants, si le Royaume-Uni décide d’engager des poursuites.
La Californie s’est faite la championne de la protection des enfants sur Internet en adoptant fin août une loi (Age-Appropriate Design Code Act) qui oblige les applis et les sites Web à mettre des mesures en place pour protéger les utilisateurs de moins de 18 ans.
Les autorités australiennes font pression sur Apple®, Microsoft® et le propriétaire de Facebook® et Instagram® pour que ces géants de la technologie dévoilent les mesures qu’ils ont mises en place pour détecter et signaler les images d’abus pédosexuels. Le commissaire australien à la sécurité en ligne demande également à Snap® et à Omegle® d’expliquer ce qu’ils font pour lutter contre la cyberviolence.
La CBC® s’est entretenue avec notre avocate générale, Monique St. Germain, pour discuter des dangers qui guettent les jeunes à tout instant sur Omegle, un site de conversation vidéo qui est accusé de mettre sciemment des enfants en contact avec des adultes.

Soutenez notre lutte
D’organisme communautaire, nous sommes devenus un centre national qui agit pour protéger les enfants dans le monde entier et nous n’y serions jamais parvenus sans le soutien de gens comme vous. Vous pouvez soutenir notre lutte et montrer votre solidarité avec les survivant.e.s en nous faisant un don ou en signant la pétition du Festival du film indésiré.

Un mot sur le Centre canadien de protection de l’enfance (CCPE) : Le CCPE est un organisme de bienfaisance national voué à la protection de tous les enfants. Il veut réduire l’exploitation et les abus sexuels d’enfants et offre à cette fin des programmes, des services et des ressources aux familles, au personnel éducatif, aux organismes de services à l’enfance et aux forces policières du Canada ainsi qu’à d’autres intervenants. Cyberaide.ca — la centrale canadienne de signalement des cas d’exploitation et d’abus sexuels d’enfants sur Internet — relève aussi du CCPE, de même que Projet Arachnid, une plateforme Web qui détecte les images d’abus pédosexuels connues sur le Web visible et le Web clandestin et qui envoie des demandes de suppression aux entreprises de technologie.
© 2022, Centre canadien de protection de l’enfance inc. Tous droits réservés. « Cyberaide!ca » est une marque de commerce du Centre canadien de protection de l’enfance inc. déposée au Canada. « CENTRE CANADIEN DE PROTECTION DE L’ENFANCE », « Projet Arachnid » et « ParentsCyberAvertis.ca » sont utilisés au Canada comme marques de commerce du CCPE. Les autres marques et noms commerciaux cités appartiennent à leurs détenteurs respectifs et leur mention ne constitue aucunement une marque d’approbation ou d’affiliation.
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